Géopolitique : comment adapter son portefeuille en 2025
Macroéconomie

Géopolitique : comment adapter son portefeuille en 2025

L'équipe Odin19 décembre 2025
4 min de lecture
La montée des tensions géopolitiques marque la fin d’un cycle de mondialisation et l’ouverture d’une nouvelle phase d’investissement dominée par la souveraineté, la sécurité et la réindustrialisation. Énergie, matières premières, défense, cybersécurité et infrastructures deviennent des thématiques structurantes, souvent décorrélées des cycles économiques classiques. Pour l’investisseur, l’enjeu n’est pas de céder à la peur, mais d’adapter son portefeuille avec cohérence, en renforçant la diversification et en captant des opportunités de long terme.

La montée des tensions géopolitiques : comment adapter son portefeuille

Guerre en Ukraine, rivalité sino-américaine, instabilité énergétique : la géopolitique redéfinit les équilibres économiques mondiaux. En 2025, tous les pays de l'OTAN atteignent pour la première fois le seuil de 2% du PIB consacré à la défense. Pour l'investisseur, cette recomposition n'est pas qu'un risque : c'est une source d'opportunités. À condition de savoir adapter son portefeuille.

De la mondialisation à la fragmentation : un nouveau cycle d'investissement

Le cycle de mondialisation amorcé dans les années 1990 touche à sa limite. La recherche d'indépendance stratégique, la montée du protectionnisme et la volonté de relocaliser certaines productions transforment profondément la dynamique économique.

Ce changement structurel crée une forme de "prime géopolitique" : les États dépensent massivement pour sécuriser leurs chaînes d'approvisionnement, l'énergie ou la défense. Les dépenses militaires européennes ont bondi de 45% en deux ans. Au sommet de l'OTAN de juin 2025 à La Haye, les membres se sont même engagés à porter leurs dépenses de défense à 5% du PIB d'ici 2035.

Pour un investisseur, ce retour du politique dans l'économie est une source de repositionnement. Il ne s'agit plus de suivre passivement les grandes tendances globales, mais d'identifier les zones et thématiques qui bénéficieront de cette fragmentation.

L'énergie : quand la guerre fait bondir les prix

La recomposition géopolitique a replacé l'énergie au cœur des stratégies nationales avec une brutalité rarement observée. Le 24 février 2022, au moment de l'invasion de l'Ukraine, le baril de pétrole Brent cotait environ 92 dollars. Deux semaines plus tard, il atteignait 139 dollars, son plus haut niveau depuis 2008.

Pour les investisseurs exposés au secteur de l'énergie, cette période a été synonyme de performances exceptionnelles. TotalEnergies a progressé de plus de 35% en 2022, soutenue par la hausse des prix du pétrole et du gaz. Les valeurs américaines comme ExxonMobil ou Chevron ont enregistré des performances similaires.

Les matières premières, longtemps négligées, retrouvent leur rôle stratégique. Dans un portefeuille, elles offrent une double fonction : protection contre l'inflation et diversification face aux actifs financiers traditionnels.

Défense et cybersécurité : le boom d'un secteur stratégique

La guerre en Ukraine et la multiplication des cyberattaques ont mis fin à l'illusion d'une économie "hors conflit". La sécurité, qu'elle soit physique ou numérique, redevient une priorité mondiale.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. La Pologne consacre désormais 4,7% de son PIB à la défense, l'Allemagne envisage de passer de 2% à 3,5%. Les marchés financiers ont rapidement intégré cette nouvelle donne.

Les indices boursiers dédiés à la défense ont enregistré des performances spectaculaires. L'ETF américain ITA (iShares U.S. Aerospace & Defense) a gagné plus de 40% en 2024. Les grandes valeurs comme Lockheed Martin, Rheinmetall, Thales ou Dassault Aviation profitent directement de cette dynamique.

La cybersécurité est devenue un secteur stratégique à part entière. Palo Alto Networks a progressé de 114% en 2023, tandis que CrowdStrike a vu son chiffre d'affaires bondir de 48% en 2024.

Pour l'investisseur, ces deux segments constituent une nouvelle classe d'actifs, décorrélée des cycles économiques traditionnels.

Réindustrialisation : les plans massifs de relocalisation

La réindustrialisation en cours aux États-Unis et en Europe constitue un autre levier d'investissement majeur. Les plans de soutien massifs créent un flux de capitaux considérable vers certains secteurs industriels.

Aux États-Unis, l'Inflation Reduction Act mobilise 369 milliards de dollars pour la transition énergétique. En Europe, le Chips Act débloque 43 milliards d'euros pour les semi-conducteurs.

Ces investissements profitent directement aux acteurs de la transition énergétique, de la robotisation et des infrastructures numériques. ASML a progressé de 42% en 2024, NextEra Energy affiche +28% sur la même période.

Adapter son portefeuille : les pistes concrètes

Face à la montée des incertitudes, l'objectif n'est pas de réagir dans la peur, mais de rechercher la cohérence. Un patrimoine solide est un patrimoine équilibré, capable d'absorber les chocs tout en captant les opportunités.

Concrètement, plusieurs axes méritent votre attention :

Réintroduire une exposition aux matières premières et à l'énergie. Pour les investisseurs déjà fortement exposés aux actions technologiques ou aux obligations, réintroduire une part d'actifs réels permet de renforcer la stabilité globale du patrimoine. Une allocation de 5 à 10% sur ce segment peut apporter une décorrélation bienvenue.

Intégrer progressivement le secteur de la défense et de la cybersécurité. Via des ETF comme l'ITA (iShares U.S. Aerospace & Defense) ou le PPA (Invesco Aerospace & Defense), il est possible d'accéder à un panier diversifié de valeurs sans avoir à sélectionner individuellement les entreprises. Une exposition de 3 à 5% du portefeuille peut suffire.

Profiter des plans de réindustrialisation. Les fonds thématiques axés sur la transition énergétique, les infrastructures ou les technologies critiques offrent une exposition ciblée à ces tendances structurelles.

Revoir la diversification géographique. Les investisseurs déjà fortement exposés aux marchés américains peuvent envisager des arbitrages vers des zones ou des thématiques moins valorisées mais porteuses de croissance structurelle.

Notre conviction

Chez Odin Capital, nous considérons que la montée des tensions géopolitiques ne signe pas la fin des marchés, mais l'ouverture d'un nouveau cycle d'investissement. Ce cycle repose sur des logiques différentes : souveraineté, transition énergétique, sécurité, indépendance technologique.

Notre rôle est précisément de transformer ces changements en orientations concrètes pour votre patrimoine. Revoir la diversification, renforcer la part d'actifs tangibles, identifier les secteurs de croissance durable : telles sont les pistes que nous privilégions dans ce contexte.

Un monde plus incertain appelle des portefeuilles plus cohérents. Et c'est précisément dans cette complexité que se créent les nouvelles opportunités. Parce que la géopolitique, lorsqu'elle est bien comprise, n'est pas un risque à subir, mais un levier à intégrer dans une stratégie patrimoniale éclairée.

Article rédigé par César Durantin.